Un diagnostic financier de PME répond à une question simple : l'entreprise gagne-t-elle de l'argent, en garde-t-elle, et combien de temps peut-elle tenir ? Dix indicateurs suffisent pour y répondre. Voici comment les calculer et, surtout, à partir de quand ils doivent vous alerter.

En bref : regardez d'abord la marge brute et l'EBE (rentabilité), puis le BFR, le DSO et la trésorerie (cash), enfin le point mort, l'endettement et les capitaux propres (solidité). Un seul indicateur au rouge justifie de creuser ; trois au rouge justifient d'agir.

Les 10 indicateurs en un coup d'œil

# Indicateur Formule simplifiée Signal d'alerte (ordre de grandeur)
1 Taux de marge brute (CA − achats consommés) / CA Baisse de plus de 2 points sur un an
2 EBE et taux d'EBE EBE / CA Taux d'EBE en baisse deux exercices de suite
3 Point mort Charges fixes / taux de marge sur coûts variables Point mort qui augmente plus vite que le CA
4 BFR en jours de CA BFR / CA × 365 Hausse de plus de 10 jours sur un an
5 Délai clients (DSO) Créances clients TTC / CA TTC × 365 Au-delà des délais légaux ou en hausse
6 Délai fournisseurs (DPO) Dettes fournisseurs TTC / achats TTC × 365 Qui raccourcit brutalement
7 Rotation des stocks Stock moyen / coût des ventes × 365 Stocks qui croissent plus vite que l'activité
8 Trésorerie nette Disponibilités − concours bancaires courants Découvert permanent
9 Capacité de remboursement Dettes financières / CAF Au-delà de 3 à 4 ans
10 Capitaux propres / capital social Capitaux propres / capital Sous 50 % : obligation légale

Les seuils varient selon les secteurs : un négociant n'a pas la même structure qu'un industriel ou une société de services. Utilisez-les comme des voyants, pas comme des verdicts.

Bloc 1 : la rentabilité

1. Le taux de marge brute

C'est l'indicateur le plus sous-estimé. Une baisse de 3 points de marge sur 5 M€ de chiffre d'affaires, c'est 150 k€ de résultat en moins, souvent plus que tout un plan d'économies. Suivez-la par activité ou par gamme : la moyenne cache presque toujours une activité qui détruit de la valeur.

2. L'EBE

L'excédent brut d'exploitation mesure ce que l'activité produit avant amortissements, frais financiers et impôts. C'est aussi la base de la valorisation d'une PME. Un taux d'EBE qui recule deux années de suite est un signal structurel, pas conjoncturel.

3. Le point mort

Le point mort est le chiffre d'affaires à partir duquel vous commencez à gagner de l'argent. S'il monte plus vite que vos ventes, votre structure s'alourdit : recrutements anticipés, loyers, abonnements. C'est le premier indicateur à regarder avant un investissement.

Bloc 2 : le cash

4. Le BFR

Le besoin en fonds de roulement, c'est l'argent immobilisé dans le cycle d'exploitation : stocks + créances clients − dettes fournisseurs. Exprimé en jours de chiffre d'affaires, il devient parlant : 60 jours de BFR sur 6 M€, c'est environ 1 M€ qui dort.

5 et 6. Le DSO et le DPO

Le délai clients et le délai fournisseurs sont les deux leviers les plus rapides sur la trésorerie. Rappel : le délai de paiement entre professionnels est plafonné par la loi (en principe 60 jours à compter de la date de facture, ou 45 jours fin de mois si le contrat le prévoit).

7. Les stocks

Des stocks qui gonflent plus vite que l'activité signalent des références dormantes ou des achats trop anticipés. C'est souvent le plus gros gisement de cash dans l'industrie et le négoce.

8. La trésorerie nette

Regardez-la en moyenne mensuelle, pas seulement au 31 décembre : beaucoup de bilans affichent une trésorerie flatteuse à la clôture, grâce à un encaissement ponctuel.

Bloc 3 : la solidité

9. La capacité de remboursement

Dettes financières rapportées à la capacité d'autofinancement : combien d'années faudrait-il pour tout rembourser ? Au-delà de 3 à 4 ans, les banques deviennent réticentes à prêter davantage.

10. Les capitaux propres

Si les capitaux propres passent sous la moitié du capital social, la loi impose une procédure précise. Nous l'avons détaillée dans notre guide sur les capitaux propres inférieurs à la moitié du capital.

Comment lire les résultats

  • Rentabilité au rouge, cash au vert : vous avez du temps, mais il s'épuise. Agissez sur les prix et la marge.
  • Rentabilité au vert, cash au rouge : problème de BFR. Travaillez clients, stocks et fournisseurs.
  • Les deux au rouge : priorité absolue au prévisionnel de trésorerie à 13 semaines, puis au plan de redressement.

Les 5 erreurs de lecture les plus fréquentes

  1. Regarder le chiffre d'affaires avant la marge. Une croissance peut être destructrice de valeur.
  2. Se fier à la trésorerie du 31 décembre. Beaucoup d'entreprises encaissent une grosse facture juste avant la clôture ; la moyenne annuelle raconte une autre histoire.
  3. Comparer à d'autres secteurs. Un DSO de 75 jours peut être normal dans un secteur et alarmant dans un autre.
  4. Ignorer la tendance. Un indicateur moyen mais qui se dégrade depuis trois exercices est plus inquiétant qu'un indicateur faible mais stable.
  5. Analyser sans relier aux opérations. Un chiffre ne devient utile que lorsqu'on sait quelle décision l'a produit : une remise, un recrutement, un changement de fournisseur.

Faire le diagnostic vous-même ou vous faire accompagner ?

Vous pouvez calculer ces dix indicateurs avec votre expert-comptable. La valeur d'un regard extérieur tient dans l'étape suivante : relier chaque chiffre à une cause opérationnelle, et chaque cause à un levier chiffré. C'est l'objet de notre Diagnostic Stratégique, réalisé à prix fixe. Pour voir à quoi ressemble le résultat, consultez notre cas pratique chiffré.